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roots

Étrange que personne ne l’ait formulé…

Pourtant, je suis sûre que tout le monde y a pensé.

Tout le monde.

… Peut-on vraiment passer à côté ?

Cela me pousse à m’interroger sur le souvenir…

Sa nature. Sa persistance dans le temps.

Son anéantissement.

1 an, 7 mois et des poussières…

9 jours.

On ne peut pas ne pas être précis sur ce genre de choses…

1 an, 7 mois et 9 jours, donc.

Autant dire une éternité…

Autant dire… Hier.

Toute l’étendue du chemin entre les deux, en fait.

Aussi large et sinueux que le panel d’émotions qui l’accompagne.

Plus le temps passe, et plus l’espace s’agrandit.

… Je m’explique.

Les réminiscences ne sont au départ qu’une toute petite marche à descendre.

Au fil du temps, il faut descendre un peu plus pour les atteindre, deux marches ; puis encore un peu plus, trois, quatre marches…

Tout l’escalier.

J’ai vécu cette progression, je l’ai vue évoluer en temps réel durant ces

1 an

7 mois

et 9 jours.

Aujourd’hui, chaque souvenir est un plongeon dans un gouffre sans fond.

Tout est si proche et si loin à la fois.

Si proche… Et déjà si flou.

Si loin… Et encore si douloureux.

Cesse-t-on jamais de pleurer un défunt ?

[Fragment] L’Eau

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Pourquoi ce besoin viscéral de toujours s’accrocher, aux bonnes comme aux mauvaises choses ?

Il n’y a pas d’état permanent, je le sais pourtant suffisamment pour ne pas me bercer de ce type d’illusions.

Et pourtant :

Un état de grâce éphémère qui me frappe en plein vol, lorsque je m’y attends le moins ? Un shoot émotionnel que je m’injecte à la hâte, entre deux moments pénibles de ce que l’on appelle « quotidien » ? Une passion émergeant du Vide qui me saisit corps et âme, aussi dévorante qu’instantanée, déjà morte aussitôt née ?

… Et je m’y accroche désespérément.

Une parole, pire, un mot maladroit ? Une incompréhension bénigne que je choisis délibérément d’appréhender du point de vue le plus négatif ? Un acte manqué, comme il y en existe tant au cœur des échanges entre les êtres humains depuis la nuit des temps ? Une disharmonie, une arythmie, un déphasage, une quelconque incapacité, même momentanée, à l’osmose ?

… Et je m’y accroche tout aussi désespérément.

Je ne laisse rien passer.

Pourquoi ?

Pourquoi ne pas laisser ce flot infini de heurts et de douleurs et en tout genre glisser sur moi comme une cascade sur la roche polie ?

Ou, métaphore inverse mais tout aussi pertinente, pourquoi ne puis-je traverser ces obstacles comme le torrent contourne les pierres, ou les brise ?

Pourquoi encore, toujours, des accrocs ?

Je bute sur des détails.

Ressasse, interminablement.

Repasse les scènes en boucle, encore et encore, jusqu’à l’écœurement.

J’ai toute une ligne de chemin de fer en travers de la gorge.

J’implose de rage, balaie tout sur mon passage.

Je tire des traits, beaucoup de traits… Parfois sur du papier, et parfois sur des gens.

Je les raye de la surface de la carte. Une carte qui m’est très personnelle.

Je condamne silencieusement. Sentence muette. Invisible… Hélas, ô combien irrévocable !

Les mots tranchants, attitudes inadaptées, interprétations pessimistes et profondes déceptions morfondent ma chair.

Entaillent, déchirent, consument, rongent, empoisonnent, se répandent, pourrissent.

Quelle plaie !

Lâcher du lest. Relativiser. Prendre avec légèreté. Continuer sur sa lancée. Ne pas s’arrêter. Se renforcer, se blinder comme un tank. Maintenir son état stationnaire indépendamment de celui des autres. Idem pour la Volonté. Élever ceux qui sont au plus bas, et non pas sombrer avec eux. Être forte. Pleine de ressources. Inébranlable. Intouchable.

Un jour, je relirai ces notes avec un léger sourire empathique et un brin moqueur, quelque peu condescendant, entre pitié et amusement, car j’aurai dépassé cette problématique depuis déjà longtemps… Je le sais bien.

Alors, en attendant ce jour, rions !

Rions à notre vanité, car il n’est rien de moins sérieux que la Vie en personne.

Dark-Fantasy-Wallpapers

Il est surprenant de voir à quel point le contact de l’Autre peut constituer un puissant révélateur de Soi.

Je ne parle pas de l’Autre en tant que moitié de soi, qui partage affres et douceurs du quotidien jusqu’à ne plus faire qu’Un avec Soi, mais bien de cet horrible étranger dont le miroir nous renvoie un si douloureux reflet, ainsi qu’un pan de réalité parfaitement méconnu et imprégné d’une forte charge d’incompréhension, de doute et d’effroi mélangés.

Actuellement, je me trouve sans vie, sans personnalité, sans élan. Sans rien.

Je flotte dans ce fragment de réalité qui m’est renvoyé à la figure et dans lequel je suis placée, intégrée malgré moi.

N’y trouvant ni ma place, ni un quelconque moyen d’exister, ni même un sens, j’erre sans but telle une ombre.

Comment exister dans ce système de représentations antagoniste ? Dans ce mode d’être-au-monde qui n’est pas le mien ?

Parfois, dans ce type de rencontre, l’un des deux subit.

Aujourd’hui, c’est moi.

Je m’efforce péniblement de trouver un moyen d’être moi-même, un compromis à vivre, pour vivre.

Je m’efforce de ne pas me perdre totalement dans le Monde de l’Autre. Si restreint, si… Étranger.

Aujourd’hui, donc, c’est moi qui subis.

Demain, qui sera l’esclave de mon propre système ?

Même écrire m’est difficile, tant je ne suis plus moi-même.

Tant j’ai momentanément perdu tout ce qui faisait ma consistance, mon essence véritable.

Tout cela ne peut s’exprimer actuellement, au sein de cet Autre Monde.

Il n’y a pas d’emplacements prévus à cet effet.

Ce n’est pas une affaire de volonté. Ni de l’Autre, ni de Soi.

C’est autre chose. De bien plus subtil. D’indicible.

Comme un équilibre, un rééquilibrage permanent. Une réactualisation perpétuelle. Une homéostasie, dans son versant le plus négatif.

Une rencontre, une incompatibilité.

Chaque jour qui passe m’arrache un peu plus à moi-même.

Je perds en vitalité, physique, psychique… Émotionnelle. Fondamentale.

Je crains les éventuelles séquelles de ce brusque effacement de Soi.

Je n’ai pas perdu mon ombre…

Je le suis devenue.

War Heros

N’apprendrai-je donc jamais de mes erreurs ?

Pourquoi ne suis-je pas capable de préserver un équilibre ?

Pourquoi la colère finit-elle  toujours par l’emporter sur ma volonté ?

Si le devoir de maintenir la hache de guerre sous terre m’était incombée, on serait bien mal barrés… La guerre durerait à coup sûr bien plus de cent années.

Je m’en veux car je m’étais promis de ne plus m’emporter ainsi, pour des motifs aussi ridiculement matériels, et ce quoiqu’il arrive.

J’ai échoué. Encore…

Un jour, cet énième échec sera celui pour lequel la corde se rompra.

Je crains tellement d’en arriver là…

… Jusqu’à quel point les liens du cœur passent-ils l’éponge sur les affronts ?

Jusqu’à quel point une âme blessée répond-elle fidèlement à l’appel ?

Jusqu’à quel point un lien indéfectible finit-il par se distendre ?

De mon côté, toutes les eaux que contient la planète Terre peuvent bien crouler sur mes épaules en une seule et unique averse malveillante, mon Amour ne sera jamais ni abîmé ni terni.

Rien ne sera jamais « brisé », c’est une certitude.

… Mais qu’en est-il de son côté ?

Le doute, l’absence de contrôle et les possibilités d’anticipation quasi-nulles devraient me pousser à plus de sagesse… Et pourtant, je suis toujours aussi bête.

Tous ces mots, tellement stupides, irréfléchis, échappés de leur écrin de glace fondu par la colère et proférés dans l’unique but de blesser, d’intimider, ou de signifier à l’Autre que l’on a atteint sa limite… Que le cœur est entaillé et qu’il faut cesser avant que ne surviennent les dégâts. Alerte rouge, danger. Un grand coup envoyé au hasard, en désespoir de cause, pour que les bouches se ferment et les cœurs s’ouvrent à nouveau. Tellement puéril, et… Inefficace.

La colère s’est rarement emparée de moi au point qu’elle s’exprime à ma place, prononce les mots infâmes avec une voix qui n’est pas la mienne.

Ce fut le cas dernièrement, et je hais ce soulagement stupide d’avoir fait jaillir le poison hors de soi, instantanément suivi de culpabilité, de honte, de remords qui rongent et finalement, de douleur.

La colère ne soulage jamais.

Elle fait pourtant croire le contraire sur le moment, un peu comme la cigarette…

Comme elle, la colère feint de soulager en subtilisant le bien plus précieux.

La liberté.

Je me suis déjà débarrassée de l’une…

Reste à savoir comment éradiquer l’autre.

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Les liens se font et se défont.

Inéluctablement.

Se refont parfois… Et parfois pas.

On peut observer ce phénomène tant en amour qu’en amitié, avec la famille, aussi, et même les étrangers.

Exemple(s) :

Une personne qui vous était jusqu’alors passablement éloignée, parfaitement indifférente, pour laquelle vous n’aviez pas plus d’intérêt que d’attrait ni même de raison d’en éprouver, peut un beau jour, sans que l’on s’y attende le moins du monde, par le biais de circonstances aussi hasardeuses que spécifiques, devenir plus proche de vous que personne ne l’a jamais été.

Et vice-versa…

On peut partager maintes et maintes choses depuis tant d’années avec quelqu’un, l’Unique Privilégié(e), voir en Lui ou Elle le poumon indispensable, le cœur central, l’essence vitale, le souffle divin de la Vie jusqu’à la Mort, puis devenir de parfaits et horribles étrangers en l’espace d’une seule petite idée qui aura germé au mauvais endroit et mauvais moment, d’une seule petite émotion inopportune et ô combien dommageable, voire d’un acte absolument fortuit.

Vous pouvez également avoir toute votre vie la certitude inébranlable de danser sur la tombe d’une personne une fois que celle-ci sera morte, et le cas échéant vous surprendre à pleurer à chaudes larmes en regrettant le vide incommensurable que celle-ci laisse dans votre cœur, dans votre vie, dans votre âme meurtrie et si désespérément contradictoire.

Les liens du cœur, les liens du sang.

Nœud du problème, nœud coulant.

Pourquoi sommes-nous tous aussi interchangeables les uns aux yeux des autres ?

Pourquoi acceptons-nous de subir ainsi les mouvements incoordonnés de l’espace-temps ?

Je me sens parfois comme une feuille chutant de la plus haute cime du plus haut des arbres dont le souffle impitoyable du vent dispose à sa guise.

Aujourd’hui encore, j’expérimente l’Enfer du Lien.

Si proches hier, proches au point de ne plus faire qu’Un… Et si loin aujourd’hui.

Distance et froide indifférence.

Colère.

Rancœurs, douleurs, repli amer.

Il suffirait pourtant, tout simplement, non pas de rompre, mais de rétablir le lien distendu, avant que celui-ci ne cède et se coupe…

Hélas, un bien-être à sauvegarder requiert que l’on s’éloigne à chaque instant davantage.

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Il est intéressant de voir à quel point chaque pensée, chaque émotion ou chaque évènement peut être retranscrit, matérialisé même, dans le corps.

Tout est une question de langage, de code, de symbolique. Il n’y a qu’à observer et déchiffrer les signes.

Tout ce que j’ai lu, appris, ressenti et compris hier soir est indigeste.

J’aurais du me tenir éloignée de cette vérité, je le sais bien. Mais il est trop tard maintenant, je me suis aventurée trop loin, et j’en paye le prix fort.

Mon corps, mon âme et mon esprit sont marqués à jamais par l’empreinte de cette vérité qui m’était de toute évidence destinée. Quoi que je fasse, et quoi qu’on en dise, ces résidus de passé sont indélébiles, et m’ont profondément entachée.

Cette vérité, je l’ai avalée et incorporée brutalement, mais je ne parviens pas à la digérer, car c’est de la mauvaise nourriture. Malsaine, empoisonnée, avariée. Presque mortelle.

Depuis, mon corps s’est fermé à l’absorption de tout nouvel élément extérieur quel qu’il soit et refuse catégoriquement de se nourrir désormais, au sens propre comme au figuré. Je parle de nourriture organique, mais aussi intellectuelle, affective, spirituelle…

Je suis fermée, indubitablement.

Car la pourriture dont est empli mon corps infuse, décante, se décompose lentement pour se répandre à l’intérieur de tout mon être fait de douleurs, de contradictions, de pulsions incontrôlables et de remords. De curiosité morbide, aussi, juste un soupçon.

Je suis nauséeuse, nébuleuse et fébrile, et je sens que mon corps cherche à rejeter, à expulser de toutes ses forces le peu que j’ai réussi à lui faire ingérer depuis hier après-midi, et qui ne passe pas.

Rien ne passe…

Car ce que j’ai absorbé hier prend toute la place.

Il me faut attendre, créer le Vide, purifier pour réunifier. Trouver une passerelle dans le Temps, qui relierait Passé et Présent. Le Futur a disparu, et l’Instant aussi. Mon esprit est prisonnier dans le Passé mais mon corps est toujours ici, désespérément vide. Plus d’émotions, plus de sensations, mon visage livide reflète ces fragments de Passé pourtant mort et enterré dans lequel je me suis honteusement perdue.

Je crois que mon corps redoute de souffrir davantage s’il ouvre à nouveau sa porte, au demeurant grinçante et mal fermée, au monde extérieur. Plus rien ne doit rentrer désormais, absolutely no more.

Le plein et le vide, le trop et le pas assez, le pur et l’impur, demeurent décidément les principaux souverains de mon équilibre.

[Fragment] Missing

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Elle me manque.

Ces mots résonnent en moi depuis des heures, des jours, peut-être même des années. S’abattent sur ma gorge comme un couperet.

Comme si je venais à peine de prendre conscience de cet état de fait, et que mon sort en était scellé à jamais.

Elle me manque… Tellement.

Je le ressens bien maintenant… Mais il est trop tard.

Vraiment ?

Où étais-je durant toute cette année, qui a passé en un éclair à l’écho interminable ?

Mon cœur était-il de pierre, mes yeux aveugles, mes bras de glace ?

Mes lèvres étaient-elles changées en papier de verre, pour n’avoir osé l’embrasser durant tout ce temps ?

Ma gorge était-elle nouée, ma langue arrachée, pour ne pas lui avoir dit combien elle comptait pour moi ? Combien elle comptera toujours ?

Une éternité passée dans un brouillard de mensonges et d’illusions. Tellement opaque.

La vérité, c’est que j’étais concentrée sur d’autres choses, pas les bonnes, pour pouvoir me rendre compte de l’essentiel.

Tout ce que j’ai fait, dit, signifié, qui a pu être interprété de la pire façon qui soit, et auquel je n’ai pas pensé une seconde…

… Jusqu’à aujourd’hui, où le poids de mes actes et de ma propre culpabilité tranche dans le vif et pèse sur mes épaules déjà trop voûtées.

Enfin, un éclat de clairvoyance dans cette stupide obscurité. Ça aura mis presque un an…

… Et, durant tout ce temps, qu’est-ce qu’elle m’a manquée !

L’ai-je à ce point négligée pour qu’elle m’abandonne ?

L’ai-je à ce point abandonnée pour qu’elle me néglige ?

Je ne sais où s’arrêtent les lignes de ma culpabilité, et où commencent celles de la sienne.

J’étais en colère contre elle. Blessée, déçue, rejetée.

Beaucoup d’injustices à mes yeux du passé. Quelle bêtise, moi et mon sempiternel sens de la justice, geignard, larmoyant, éternelle victime du sort, des autres, de soi.

Beaucoup de colère, en effet, pour pas grand-chose, au final. Rien d’essentiel, c’est sûr.

Mais cette colère sourde, aveugle, et surtout muette, s’est brusquement muée en douloureuse tristesse.

Souffrance du regret… Fort regrettable.

J’ai beaucoup pleuré ce soir encore, comme hier et avant-hier, comme si la nuit avait le pouvoir d’ouvrir ma poitrine pour lire en mon cœur et lui laisser le soin de s’exprimer, hors de sa prison de chair, de sang et d’os.

J’ai été stupide, et je le suis encore aujourd’hui en ne sachant que faire.

Est-ce irréversible ?

J’en ai peur, et je reste là, figée dans mon étau de larmes brûlantes comme de l’essence.

Je devrais pourtant faire quelque chose, mais je reste immobile et silencieuse au beau milieu d’un torrent déchaîné de regret, de tristesse et d’angoisse entremêlés.

Et pourtant, Dieu sait à quel point elle me manque, et combien je l’aime.

[Fragment] Haunted

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Parfois, la Douleur, la Perte, le Vide et le Manque me saisissent à la gorge, serrent, serrent jusqu’à ce que je m’étouffe et éclate en sanglots, évidemment, au moment où je m’y attends le moins. Il ne reste alors qu’à pleurer, encore et encore, sans raison tangible, pour épancher le mal qui m’habite, qui envahit mon cœur, épancher ce poison virulent par les yeux, par ce trop–plein liquide, par ce surplus de larmes révulsé à l’intérieur de moi, contenu à force d’acharnement et de dureté, mais aussi d’absence de compassion envers moi-même. J’essaie pourtant de vivre selon des préceptes, bien qu’ils me soient propres, il me semble, justes, basés sur des concepts aussi classiques qu’évidents : stoïcisme, encaissement, résilience, dignité, fermeté. Mais je ne suis pas ferme. Je ne suis pas digne. Je ne suis pas dure. Pas protégée non plus. Je ne suis que mollesse, tristesse refoulée – tant de tristesse ! – peine à vivre, traumatismes en-veux-tu en-voilà, hypersensibilité plus handicapante qu’autre chose, perte et manque.

Ce soir, j’ai mal, c’est clair. J’ai trop bu, et j’ai mal. Tu me manques. Pourquoi faut-il que ton souvenir et les circonstances de ta mort viennent me hanter pile aux seuls et uniques moments d’accalmie que la Vie me permet ? Ce peu de moments où je peux enfin jouir de moi-même, sans regret, ni angoisse, ni culpabilité ? L’alcool aidant, je me sens si futile, si légère… Jusqu’à ce que tu rappliques. Toi et ta corde. Toi et ta peine. Pourquoi es-tu là ? Je croyais pourtant que tu me laisserais tranquille désormais. Que tu appartenais au Royaume des Morts. Pire, à celui des Suicidés. Mais on dit aussi d’eux qu’ils n’ont aucun repos. Jamais. Pas étonnant que tu viennes me hanter.

Il en est de même avec la Haine. Tandis que je m’efforce nuit et jour de faire glisser sur moi ces paroles, actes, comportements, auras et pensées dégueulasses, au lieu de les faire s’imprégner en moi, tourner à l’infini dans mon cœur, empuantir mes veines et mon estomac, la Haine me saisit corps et âme, toujours au moment où je suis le plus vulnérable. Un petit quelque chose qui « n’est pas passé » ? Pas de souci, cela deviendra fort, grandira et se renforcera grâce au terreau de mes affects corrompus, se transformera en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire en authentique Obsession. En truc qui fait mal dans le cœur et dans la tête. En truc qui rend mauvais, stupide, violent, indigne.

J’aimerais tant être plus sage… Savoir tenir la distance avec moi-même. Avec mes émotions, mes sensations, mes croyances, mes peurs. Marre d’avoir peur d’être une victime. Marre de me sentir lésée. Marre de ce putain de sentiment binaire de justice / injustice. Y a pas de justice. Marre de moi. Aujourd’hui, plus que tout, j’aimerais prendre congé de moi-même.

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Je déteste ces moments de vide où il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre. Ce désœuvrement du cœur, du corps et de l’esprit qui pousse inexorablement à la mélancolie, et, pour peu que l’on s’y perde un peu trop loin, et un peu trop longtemps, à la dépression.

Ce sont ces brusques moments de flottement, égarés entre deux phases, entre deux mouvements, où l’on se trouve désincarné, déraciné, peinant à appréhender la réalité telle qu’on la devrait voir, ce que l’on fait naturellement en période de faste ou d’explosion de créativité. Les gens, les choses de la vie et le monde, tous paraissent faux, décousus, comme si la moindre petite parcelle de réalité tangible perdait tout son sens. Ces moments peuvent être brefs, juste assez longs pour que l’impatience atteigne son paroxysme et se mue peu en peu en souffrance agitée, puis apathique, ou au contraire s’éterniser… Chaque fois que je dois traverser ce terrible désert, je redoute de constater son étendue.

Pourtant, est-ce vraiment si difficile de ne rien faire ? Qu’y a-t-il de mal à reposer là, simplement, sans activité ni préoccupation aucune, en tant qu’être, vivant mais parfaitement inutile, et jouir du fait même d’exister en ce bas-monde, pas pour une cause, ou pour quelqu’un d’autre, ni pour une quelconque finalité, mais pour soi, et uniquement pour soi ? Pourquoi l’oisiveté et la plénitude de l’être sans contrainte m’est-elle inaccessible ? Avoir tout son temps, pouvoir en disposer selon son bon vouloir et ne rien en faire, voilà qui devrait suffire à combler l’être désespérément fini que je suis, non ? Pourquoi cette stupide culpabilité, cette angoisse diffuse, cette brutale dissolution interne tout autant qu’externe, cette sensation de chute – de mort – imminente, cette perte subite, cette absence au monde, dès lors que l’on n’a plus rien à accomplir, plus rien pour remplir notre temps, pour nous remplir tout court ?

Je pense que c’est la Mort, ou du moins la perspective de la Mort, la deadline, cet insidieux sentiment de finitude codé dans notre chair, dans notre essence, au plus profond des plus petits atomes qui nous composent, qui nous pousse à agir.

Serions-nous si pressés de vivre si l’Éternité était le lot commun de l’Humanité ?

Le problème vient aussi du fait que ne rien faire, ne pas mettre à profit son temps, sa force, son imagination ou son intelligence, ne planifier aucun objectif à atteindre le lendemain, ni de buts pour rendre légitime le fait de se lever le matin, revient, dans l’esprit corrompu de l’homme, moderne ou pas, à perdre son temps, à perdre sa vie, donc à vivre pour rien. Au fil des années, on se rapproche peu à peu de la mort, lentement mais sûrement, on voit poindre un pan de son ombre sournoise, on anticipe de la voir surgir de n’importe quel odieux tournant, ou nous épier avidement à chaque instant, et l’on craint de dire, au moment fatidique de la rencontre : « je n’ai pas assez vécu, c’est passé trop vite, à tel point que je ne m’en suis pas rendu compte, je n’ai rien fait de ma vie, mon passage sur Terre fut vain et inutile, j’ai gâché mon seul et unique passage sur Terre, j’aurais pu faire n’importe quoi d’autre et devenir n’importe qui d’autre, mais je suis moi, et maintenant il est trop tard, et personne ne m’offre de seconde chance, je ne peux pas recommencer, revenir sur mes pas, rectifier mes erreurs, explorer d’autres voies, faire tout ce que j’ai remis à plus tard et que je m’étais pourtant promis de faire un jour, je suis coincé, seul, acculé, je vais mourir et ceci est irréversible… » Et j’en passe et des bien pires que mon esprit craint de formuler.

Je suis triste de me savoir condamnée aux travaux forcés toute ma vie. Que ce soit, dans le meilleur des cas, une affaire de création pure, sans répit et sans relâche, jour après jour ou, dans le pire des cas, d’innombrables et inutiles tâches que je me donne quotidiennement pour me sentir exister, pour toucher du doigt ce Monde qui par tant de fois m’échappe, je sais que j’endosse le costume du forçat chaque fois que mon propre vide m’est renvoyé à la figure.

Ces foutues périodes creuses.

La vérité, c’est que je suis bien incapable de rester seule avec moi-même, de me tenir seule face à moi-même, bras ballants et tête vide, à me contempler telle que le miroir de la réalité présente me montre, car, n’y trouvant aucun reflet, l’angoisse me saisit alors et recouvre ma vision d’un voile d’ombres chaque fois plus épais.

Ne rien faire me met face à mon propre vide existentiel. A ma propre peine à vivre. Alors, je préfère fuir en avant, perpétuellement, m’oublier et me perdre dans une accumulation d’activités sans début ni fin qui prennent l’esprit, et le temps… et la vie.

Homeless

Tandis que naïvement, je nourrissais l’espoir que la Perte, ainsi que la violence inattendue de cette perte, resserrerait des liens déjà distendus, rapprocherait des âmes déjà seules au monde, le fossé se creusait chaque jour davantage, jusqu’à réfléchir son ombre malfaisante sur nos visages vides de couleurs. Une ombre de colère, de dégoût, de rancœurs et de regrets.

Ce n’est plus ma maison… Et de toute façon, cela ne l’a jamais été. 

J’en ai tellement marre…

Marre de cet égoïsme forcené, si violent et omniprésent qu’il en est à vomir. Son corollaire numéro un, l’égocentrisme, est si constant et identiquement renouvelé chaque jour qu’il en devient pathétiquement prévisible, épuisant, lassant.

Marre de me battre contre la bêtise ambiante, si énorme qu’on se croirait perché sur des montagnes russes, quelque part au beau milieu des États-Unis (les meilleures et les plus hautes, à en croire les films Hollywoodiens). Je gaspille ma précieuse énergie à vouloir sauver un navire percé de part en part. Impossible de lutter contre la restriction mentale. Car on ne peut tomber plus bas.

Marre de subir l’agressivité détournée, primaire, jetée à la figure du mauvais destinataire, et les brusques changements d’humeur irraisonnés, et la froide et injuste indifférence de lunatiques contrariées. Je ne mérite pas cela… L’humeur hors de contrôle, dans tout ce qu’elle a de plus laid. Marre des cris qui s’élèvent pour n’importe quel prétexte et masquent alors tout ce qui a le bon sens de se trouver juste un cran en-dessous. Dur de se hisser jusqu’à leurs cimes démesurées, car la colère requiert une volonté dont je manque cruellement.

Marre de cette communication impossible. Je n’essaie même plus, car je sais que mes mots ne seront pas compris, voire pas entendus du tout. Passeront bien au-dessus, ou resteront loin en-dessous.

Marre de m’efforcer péniblement d’améliorer ma condition de vie et de voir tous mes efforts réduits à néant en un seul instant par d’autres que la médiocrité ne rebute pas. Ou que le nombrilisme exonère de toute considération altruiste, de tout semblant d’empathie.

La vie dans cette maison maudite est devenue insupportable. Chaque jour qui passe, je rêve d’immoler jusqu’aux moindres souvenirs haïssables qui la composent, détruire chaque recoin pourrissant de son abominable carcasse vide, brûler la chair putride de son intérieur imprégné des relents de haine, de souffrance et de folie qui ont joué leur petit théâtre durant tant d’années, de lacérer ses murs comme autant de coups de griffes sur un visage hideux dont la seule issue possible serait de disparaître. Je la brûlerais, la briserais de mes poings d’acier, jubilerais de voir ses fondements hypocrites s’écrouler sur eux-mêmes comme un corps tomberait à genoux après le coup fatal. J’ai tellement, tellement hâte de m’enfuir… Je compte les jours. Je ravale ma colère. Revois à la baisse mon amour de la justice. M’efforce de ne pas me considérer en victime des autres, ce que je suis.

Vivre en autarcie, vivre en décalé, ne suffit pas. Faire preuve de respect, d’attention, de gentillesse et de disponibilité, ne suffit pas non plus, et surtout n’implique pas forcément la réciprocité. Rendre des services, donner des conseils, proposer son aide, offrir une oreille attentive et une épaule chaleureuse, faire preuve de patience et de tolérance, n’implique absolument pas que l’ascenseur sera rendu un jour. C’est la dure leçon que cette maison m’a apprise, ainsi que tout un tas d’autres, dont j’aurais préféré rester ignorante, d’ailleurs.

Un jour, les choses seront différentes, je le sais bien. L’équilibre douteux de la balance des douleurs s’inversera, mais je ne serai plus là pour le voir. Je serai, je l’espère, si loin, si profondément enfoncée dans le sentier de ma propre vie, à en cueillir les fruits mûrs et les douces fleurs qui auront poussé sur le sol ravagé par les torrents de larmes issues d’un passé dont j’aurais oublié le visage et le nom.

Peut-être irai-je, de temps à autre, quand l’Ennui et le morbide attrait du Spleen me saisiront, me balader sur sa pierre tombale, en me demandant quels pauvres fantômes boiteux pourraient bien s’échapper si j’entrouvrais quelque peu le caveau, juste pour voir. Puis je m’en retournerai paisiblement sur mes pas, préférant la magie de l’instant présent aux affres stériles de la nostalgie. Oui, un jour, j’en suis sûre, il en sera ainsi. Mais pour l’heure, je m’abîme la bouche à serrer des dents.