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Où sont passés les jours pleins de lumière, où les fleurs sentaient bon et le cœur battait fort ?

Où sont passés l’espoir et les perspectives, les rêves plein la tête, la confiance, le pas déterminé, le regard franc ?

Où sont passés ces instants magiques où rien ne manquait, où la musique semblait plus belle, l’air plus doux, les nuages complices et le soleil amoureux ?

Où sont passés les journées d’insouciance de l’âme et de l’être, l’esprit libre, les pieds légers comme des plumes, les mains qui caressent l’air sans y trouver aucune prise et c’est très bien ainsi ?

Où est passé l’amour qui chavire le cœur, bouleverse et métamorphose le défilement des jours, comble les vides et panse les plaies ; l’amour créateur, l’amour rédempteur, l’amour qui se suffit à lui-même et ne souffre d’aucun mensonge, d’aucune perspective funeste, qui ne nécessite aucun aveu, aucune conversation houleuse entre quat’z’yeux, n’implique aucun regret ni aucun manque à gagner ; l’amour qui équilibre, porte, élève, transcende, magnifie ?

Où sont passés la fusion, l’osmose, le 1 + 1 = 3, l’absolu, la perfection ?

Où est passé l’Art ?

Écrire de belles choses, la voix claire qui chantonne et rit, l’inspiration qui attend son hôte ravi au pas de la porte, disponible et riche de mille mondes renfermant mille merveilles…

Où est passée l’envie ?

La vision créatrice ?

La perception naturelle des bonheurs simples ?

La sensation qu’aucune barrière, réelle, potentielle ou virtuelle, ne peut entraver d’aucune façon la marche de celui ou celle qui est déterminé à vivre ?

A exister ?

Où sont passés les jours heureux.

Les jours amoureux.

Les jours qui rient.

Même les jours qui pleurent.

Où sont-ils ?

Ont-ils réellement existé ?

Était-ce un rêve voué à se briser ?

Y avait-il une date péremptoire ?

Une phase, un cycle à traverser, un destin à accomplir, un soi à tuer ?

Un lien à trancher ?

Des lignes à effacer ?

Un cadre à repousser ?

Des limites à franchir ?

Un corps, un couple, une vie à détruire ?

« Ça déstructure pour restructurer… »

Une phase de création doit-elle inéluctablement être suivie d’une destruction ?

Cette souffrance interne, cette dévoration, ne prendra-t-elle jamais fin ?

Je ne sais plus écrire,

Je ne sais plus parler,

Je ne sais plus chanter,

Je ne sais plus aimer,

Je ne sais plus considérer,

Je ne sais plus si

Je ne sais plus quand

Je ne sais plus

Je ne sais plus

et

Je ne suis plus rien.

[Fragment] Vanish

Dark is the Wind

20 Octobre 2014.

La Mort. Encore.

L’impression d’une intermittence trop rapprochée.

Trop près.

Pas eu le temps.

Pas eu le temps de vraiment se remettre.

De vraiment voir venir.

De vraiment intégrer l’idée que même au cœur de la Vie, nous sommes dans la Mort.

L’idée que l’image du Monde qui se présente à mes yeux en ce moment-même s’éteindra un jour ou l’autre.

S’effacera pour toujours sans que personne ne le sache, ni ne se rende compte de la perte que cela représente objectivement et subjectivement.

Que la substance de mon existence vécue, emmagasinée dans ma mémoire, disparaitra avec moi.

S’évanouira dans un soupir. Le dernier soupir.

Vanish.

A peine plus d’un an et demi après et on recommence. « La même s’il vous plait. »

Sauf que cette fois, le cœur est verrouillé.

Seules les réminiscences excavées de leurs tombeaux silencieux blessent l’âme et la chair.

C’est le cœur morne et l’esprit encombré de problématiques insolubles que nous subissons encore la Mort.

Des orphelins

Des messagers de la Mort

Des temporisateurs

Des rocs fissurés de toutes parts

Et une vie désertée, corps abandonné

Déserté à son tour.

Un état que l’on ne peut éviter, et qui ne fait aucune distinction.

Même au cœur de la Vie, nous sommes dans la Mort.

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Pourquoi suis-je si en colère ?

J’étais si bien hier…

Ouverture. Rayonnement. Explosion.

Ventre plat. Jolie peau. Large sourire.

Amour. Paix. Sérénité.

La vie est belle.

Alors quoi ? Qu’est-ce qui fait que c’est si dur, si laborieux, de vivre aujourd’hui ?

Est-ce la facette négative du changement ? Trop prématuré pour être perçu comme positif sur le long terme ?

Est-ce qu’il remue beaucoup de choses douloureuses, tues, oubliées, refoulées, dynamitées, feintes, ou carrément méconnues ?

Y a-t-il une chose à laquelle je ne puisse pas, ou ne veuille pas, présentement, faire face ?

Pourquoi mes sourcils sont-ils froncés, mes mâchoires crispées, mes poings serrés ?

Pourquoi mon regard est-il si sombre ?

Mon teint si terne ?

Pourquoi ma poitrine est-elle enfoncée, recroquevillée sur elle-même, ma respiration entravée, ma gorge serrée ?

Pourquoi ma voix s’étrangle-t-elle  à la moindre secousse, le moindre remous d’émotions prêtes à émerger des profondeurs de mon plexus solaire saturé ?

Pourquoi suis-je à bout de nerfs, à bout de forces, à fleur de peau, au bord des larmes ?

Comme… Au bord du gouffre.

Et si je penche légèrement la tête pour voir ce qui se cache à l’intérieur, je m’aperçois qu’il s’agit d’un puits.

Avec, tout au fond, une flaque d’eau pour se mirer.

Mais pas de reflet.

Toujours pas de reflet.

L’Inconnu. La Déstructuration. Déconstruction. Recomposition.

Vide. Peur.

Peur du vide.

L’énergie qui tourne à vide. Vide de sens.

J’ai perdu mon sens commun.

A moins que ce ne soit cette triste, fade, coûteuse indifférence ?

Ce dos perpétuellement tourné ? Ces yeux perpétuellement rivés vers un Ailleurs qui m’est inaccessible ?

Trouver son identité.

Cesser de l’affirmer, et de la suraffirmer.

Simplement, ne pas l’oublier.

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Étrange que personne ne l’ait formulé…

Pourtant, je suis sûre que tout le monde y a pensé.

Tout le monde.

… Peut-on vraiment passer à côté ?

Cela me pousse à m’interroger sur le souvenir…

Sa nature. Sa persistance dans le temps.

Son anéantissement.

1 an, 7 mois et des poussières…

9 jours.

On ne peut pas ne pas être précis sur ce genre de choses…

1 an, 7 mois et 9 jours, donc.

Autant dire une éternité…

Autant dire… Hier.

Toute l’étendue du chemin entre les deux, en fait.

Aussi large et sinueux que le panel d’émotions qui l’accompagne.

Plus le temps passe, et plus l’espace s’agrandit.

… Je m’explique.

Les réminiscences ne sont au départ qu’une toute petite marche à descendre.

Au fil du temps, il faut descendre un peu plus pour les atteindre, deux marches ; puis encore un peu plus, trois, quatre marches…

Tout l’escalier.

J’ai vécu cette progression, je l’ai vue évoluer en temps réel durant ces

1 an

7 mois

et 9 jours.

Aujourd’hui, chaque souvenir est un plongeon dans un gouffre sans fond.

Tout est si proche et si loin à la fois.

Si proche… Et déjà si flou.

Si loin… Et encore si douloureux.

Cesse-t-on jamais de pleurer un défunt ?

[Fragment] L’Eau

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Pourquoi ce besoin viscéral de toujours s’accrocher, aux bonnes comme aux mauvaises choses ?

Il n’y a pas d’état permanent, je le sais pourtant suffisamment pour ne pas me bercer de ce type d’illusions.

Et pourtant :

Un état de grâce éphémère qui me frappe en plein vol, lorsque je m’y attends le moins ? Un shoot émotionnel que je m’injecte à la hâte, entre deux moments pénibles de ce que l’on appelle « quotidien » ? Une passion émergeant du Vide qui me saisit corps et âme, aussi dévorante qu’instantanée, déjà morte aussitôt née ?

… Et je m’y accroche désespérément.

Une parole, pire, un mot maladroit ? Une incompréhension bénigne que je choisis délibérément d’appréhender du point de vue le plus négatif ? Un acte manqué, comme il y en existe tant au cœur des échanges entre les êtres humains depuis la nuit des temps ? Une disharmonie, une arythmie, un déphasage, une quelconque incapacité, même momentanée, à l’osmose ?

… Et je m’y accroche tout aussi désespérément.

Je ne laisse rien passer.

Pourquoi ?

Pourquoi ne pas laisser ce flot infini de heurts et de douleurs et en tout genre glisser sur moi comme une cascade sur la roche polie ?

Ou, métaphore inverse mais tout aussi pertinente, pourquoi ne puis-je traverser ces obstacles comme le torrent contourne les pierres, ou les brise ?

Pourquoi encore, toujours, des accrocs ?

Je bute sur des détails.

Ressasse, interminablement.

Repasse les scènes en boucle, encore et encore, jusqu’à l’écœurement.

J’ai toute une ligne de chemin de fer en travers de la gorge.

J’implose de rage, balaie tout sur mon passage.

Je tire des traits, beaucoup de traits… Parfois sur du papier, et parfois sur des gens.

Je les raye de la surface de la carte. Une carte qui m’est très personnelle.

Je condamne silencieusement. Sentence muette. Invisible… Hélas, ô combien irrévocable !

Les mots tranchants, attitudes inadaptées, interprétations pessimistes et profondes déceptions morfondent ma chair.

Entaillent, déchirent, consument, rongent, empoisonnent, se répandent, pourrissent.

Quelle plaie !

Lâcher du lest. Relativiser. Prendre avec légèreté. Continuer sur sa lancée. Ne pas s’arrêter. Se renforcer, se blinder comme un tank. Maintenir son état stationnaire indépendamment de celui des autres. Idem pour la Volonté. Élever ceux qui sont au plus bas, et non pas sombrer avec eux. Être forte. Pleine de ressources. Inébranlable. Intouchable.

Un jour, je relirai ces notes avec un léger sourire empathique et un brin moqueur, quelque peu condescendant, entre pitié et amusement, car j’aurai dépassé cette problématique depuis déjà longtemps… Je le sais bien.

Alors, en attendant ce jour, rions !

Rions à notre vanité, car il n’est rien de moins sérieux que la Vie en personne.

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Il est surprenant de voir à quel point le contact de l’Autre peut constituer un puissant révélateur de Soi.

Je ne parle pas de l’Autre en tant que moitié de soi, qui partage affres et douceurs du quotidien jusqu’à ne plus faire qu’Un avec Soi, mais bien de cet horrible étranger dont le miroir nous renvoie un si douloureux reflet, ainsi qu’un pan de réalité parfaitement méconnu et imprégné d’une forte charge d’incompréhension, de doute et d’effroi mélangés.

Actuellement, je me trouve sans vie, sans personnalité, sans élan. Sans rien.

Je flotte dans ce fragment de réalité qui m’est renvoyé à la figure et dans lequel je suis placée, intégrée malgré moi.

N’y trouvant ni ma place, ni un quelconque moyen d’exister, ni même un sens, j’erre sans but telle une ombre.

Comment exister dans ce système de représentations antagoniste ? Dans ce mode d’être-au-monde qui n’est pas le mien ?

Parfois, dans ce type de rencontre, l’un des deux subit.

Aujourd’hui, c’est moi.

Je m’efforce péniblement de trouver un moyen d’être moi-même, un compromis à vivre, pour vivre.

Je m’efforce de ne pas me perdre totalement dans le Monde de l’Autre. Si restreint, si… Étranger.

Aujourd’hui, donc, c’est moi qui subis.

Demain, qui sera l’esclave de mon propre système ?

Même écrire m’est difficile, tant je ne suis plus moi-même.

Tant j’ai momentanément perdu tout ce qui faisait ma consistance, mon essence véritable.

Tout cela ne peut s’exprimer actuellement, au sein de cet Autre Monde.

Il n’y a pas d’emplacements prévus à cet effet.

Ce n’est pas une affaire de volonté. Ni de l’Autre, ni de Soi.

C’est autre chose. De bien plus subtil. D’indicible.

Comme un équilibre, un rééquilibrage permanent. Une réactualisation perpétuelle. Une homéostasie, dans son versant le plus négatif.

Une rencontre, une incompatibilité.

Chaque jour qui passe m’arrache un peu plus à moi-même.

Je perds en vitalité, physique, psychique… Émotionnelle. Fondamentale.

Je crains les éventuelles séquelles de ce brusque effacement de Soi.

Je n’ai pas perdu mon ombre…

Je le suis devenue.

War Heros

N’apprendrai-je donc jamais de mes erreurs ?

Pourquoi ne suis-je pas capable de préserver un équilibre ?

Pourquoi la colère finit-elle  toujours par l’emporter sur ma volonté ?

Si le devoir de maintenir la hache de guerre sous terre m’était incombée, on serait bien mal barrés… La guerre durerait à coup sûr bien plus de cent années.

Je m’en veux car je m’étais promis de ne plus m’emporter ainsi, pour des motifs aussi ridiculement matériels, et ce quoiqu’il arrive.

J’ai échoué. Encore…

Un jour, cet énième échec sera celui pour lequel la corde se rompra.

Je crains tellement d’en arriver là…

… Jusqu’à quel point les liens du cœur passent-ils l’éponge sur les affronts ?

Jusqu’à quel point une âme blessée répond-elle fidèlement à l’appel ?

Jusqu’à quel point un lien indéfectible finit-il par se distendre ?

De mon côté, toutes les eaux que contient la planète Terre peuvent bien crouler sur mes épaules en une seule et unique averse malveillante, mon Amour ne sera jamais ni abîmé ni terni.

Rien ne sera jamais « brisé », c’est une certitude.

… Mais qu’en est-il de son côté ?

Le doute, l’absence de contrôle et les possibilités d’anticipation quasi-nulles devraient me pousser à plus de sagesse… Et pourtant, je suis toujours aussi bête.

Tous ces mots, tellement stupides, irréfléchis, échappés de leur écrin de glace fondu par la colère et proférés dans l’unique but de blesser, d’intimider, ou de signifier à l’Autre que l’on a atteint sa limite… Que le cœur est entaillé et qu’il faut cesser avant que ne surviennent les dégâts. Alerte rouge, danger. Un grand coup envoyé au hasard, en désespoir de cause, pour que les bouches se ferment et les cœurs s’ouvrent à nouveau. Tellement puéril, et… Inefficace.

La colère s’est rarement emparée de moi au point qu’elle s’exprime à ma place, prononce les mots infâmes avec une voix qui n’est pas la mienne.

Ce fut le cas dernièrement, et je hais ce soulagement stupide d’avoir fait jaillir le poison hors de soi, instantanément suivi de culpabilité, de honte, de remords qui rongent et finalement, de douleur.

La colère ne soulage jamais.

Elle fait pourtant croire le contraire sur le moment, un peu comme la cigarette…

Comme elle, la colère feint de soulager en subtilisant le bien plus précieux.

La liberté.

Je me suis déjà débarrassée de l’une…

Reste à savoir comment éradiquer l’autre.

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Les liens se font et se défont.

Inéluctablement.

Se refont parfois… Et parfois pas.

On peut observer ce phénomène tant en amour qu’en amitié, avec la famille, aussi, et même les étrangers.

Exemple(s) :

Une personne qui vous était jusqu’alors passablement éloignée, parfaitement indifférente, pour laquelle vous n’aviez pas plus d’intérêt que d’attrait ni même de raison d’en éprouver, peut un beau jour, sans que l’on s’y attende le moins du monde, par le biais de circonstances aussi hasardeuses que spécifiques, devenir plus proche de vous que personne ne l’a jamais été.

Et vice-versa…

On peut partager maintes et maintes choses depuis tant d’années avec quelqu’un, l’Unique Privilégié(e), voir en Lui ou Elle le poumon indispensable, le cœur central, l’essence vitale, le souffle divin de la Vie jusqu’à la Mort, puis devenir de parfaits et horribles étrangers en l’espace d’une seule petite idée qui aura germé au mauvais endroit et mauvais moment, d’une seule petite émotion inopportune et ô combien dommageable, voire d’un acte absolument fortuit.

Vous pouvez également avoir toute votre vie la certitude inébranlable de danser sur la tombe d’une personne une fois que celle-ci sera morte, et le cas échéant vous surprendre à pleurer à chaudes larmes en regrettant le vide incommensurable que celle-ci laisse dans votre cœur, dans votre vie, dans votre âme meurtrie et si désespérément contradictoire.

Les liens du cœur, les liens du sang.

Nœud du problème, nœud coulant.

Pourquoi sommes-nous tous aussi interchangeables les uns aux yeux des autres ?

Pourquoi acceptons-nous de subir ainsi les mouvements incoordonnés de l’espace-temps ?

Je me sens parfois comme une feuille chutant de la plus haute cime du plus haut des arbres dont le souffle impitoyable du vent dispose à sa guise.

Aujourd’hui encore, j’expérimente l’Enfer du Lien.

Si proches hier, proches au point de ne plus faire qu’Un… Et si loin aujourd’hui.

Distance et froide indifférence.

Colère.

Rancœurs, douleurs, repli amer.

Il suffirait pourtant, tout simplement, non pas de rompre, mais de rétablir le lien distendu, avant que celui-ci ne cède et se coupe…

Hélas, un bien-être à sauvegarder requiert que l’on s’éloigne à chaque instant davantage.

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Il est intéressant de voir à quel point chaque pensée, chaque émotion ou chaque évènement peut être retranscrit, matérialisé même, dans le corps.

Tout est une question de langage, de code, de symbolique. Il n’y a qu’à observer et déchiffrer les signes.

Tout ce que j’ai lu, appris, ressenti et compris hier soir est indigeste.

J’aurais du me tenir éloignée de cette vérité, je le sais bien. Mais il est trop tard maintenant, je me suis aventurée trop loin, et j’en paye le prix fort.

Mon corps, mon âme et mon esprit sont marqués à jamais par l’empreinte de cette vérité qui m’était de toute évidence destinée. Quoi que je fasse, et quoi qu’on en dise, ces résidus de passé sont indélébiles, et m’ont profondément entachée.

Cette vérité, je l’ai avalée et incorporée brutalement, mais je ne parviens pas à la digérer, car c’est de la mauvaise nourriture. Malsaine, empoisonnée, avariée. Presque mortelle.

Depuis, mon corps s’est fermé à l’absorption de tout nouvel élément extérieur quel qu’il soit et refuse catégoriquement de se nourrir désormais, au sens propre comme au figuré. Je parle de nourriture organique, mais aussi intellectuelle, affective, spirituelle…

Je suis fermée, indubitablement.

Car la pourriture dont est empli mon corps infuse, décante, se décompose lentement pour se répandre à l’intérieur de tout mon être fait de douleurs, de contradictions, de pulsions incontrôlables et de remords. De curiosité morbide, aussi, juste un soupçon.

Je suis nauséeuse, nébuleuse et fébrile, et je sens que mon corps cherche à rejeter, à expulser de toutes ses forces le peu que j’ai réussi à lui faire ingérer depuis hier après-midi, et qui ne passe pas.

Rien ne passe…

Car ce que j’ai absorbé hier prend toute la place.

Il me faut attendre, créer le Vide, purifier pour réunifier. Trouver une passerelle dans le Temps, qui relierait Passé et Présent. Le Futur a disparu, et l’Instant aussi. Mon esprit est prisonnier dans le Passé mais mon corps est toujours ici, désespérément vide. Plus d’émotions, plus de sensations, mon visage livide reflète ces fragments de Passé pourtant mort et enterré dans lequel je me suis honteusement perdue.

Je crois que mon corps redoute de souffrir davantage s’il ouvre à nouveau sa porte, au demeurant grinçante et mal fermée, au monde extérieur. Plus rien ne doit rentrer désormais, absolutely no more.

Le plein et le vide, le trop et le pas assez, le pur et l’impur, demeurent décidément les principaux souverains de mon équilibre.

[Fragment] Missing

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Elle me manque.

Ces mots résonnent en moi depuis des heures, des jours, peut-être même des années. S’abattent sur ma gorge comme un couperet.

Comme si je venais à peine de prendre conscience de cet état de fait, et que mon sort en était scellé à jamais.

Elle me manque… Tellement.

Je le ressens bien maintenant… Mais il est trop tard.

Vraiment ?

Où étais-je durant toute cette année, qui a passé en un éclair à l’écho interminable ?

Mon cœur était-il de pierre, mes yeux aveugles, mes bras de glace ?

Mes lèvres étaient-elles changées en papier de verre, pour n’avoir osé l’embrasser durant tout ce temps ?

Ma gorge était-elle nouée, ma langue arrachée, pour ne pas lui avoir dit combien elle comptait pour moi ? Combien elle comptera toujours ?

Une éternité passée dans un brouillard de mensonges et d’illusions. Tellement opaque.

La vérité, c’est que j’étais concentrée sur d’autres choses, pas les bonnes, pour pouvoir me rendre compte de l’essentiel.

Tout ce que j’ai fait, dit, signifié, qui a pu être interprété de la pire façon qui soit, et auquel je n’ai pas pensé une seconde…

… Jusqu’à aujourd’hui, où le poids de mes actes et de ma propre culpabilité tranche dans le vif et pèse sur mes épaules déjà trop voûtées.

Enfin, un éclat de clairvoyance dans cette stupide obscurité. Ça aura mis presque un an…

… Et, durant tout ce temps, qu’est-ce qu’elle m’a manquée !

L’ai-je à ce point négligée pour qu’elle m’abandonne ?

L’ai-je à ce point abandonnée pour qu’elle me néglige ?

Je ne sais où s’arrêtent les lignes de ma culpabilité, et où commencent celles de la sienne.

J’étais en colère contre elle. Blessée, déçue, rejetée.

Beaucoup d’injustices à mes yeux du passé. Quelle bêtise, moi et mon sempiternel sens de la justice, geignard, larmoyant, éternelle victime du sort, des autres, de soi.

Beaucoup de colère, en effet, pour pas grand-chose, au final. Rien d’essentiel, c’est sûr.

Mais cette colère sourde, aveugle, et surtout muette, s’est brusquement muée en douloureuse tristesse.

Souffrance du regret… Fort regrettable.

J’ai beaucoup pleuré ce soir encore, comme hier et avant-hier, comme si la nuit avait le pouvoir d’ouvrir ma poitrine pour lire en mon cœur et lui laisser le soin de s’exprimer, hors de sa prison de chair, de sang et d’os.

J’ai été stupide, et je le suis encore aujourd’hui en ne sachant que faire.

Est-ce irréversible ?

J’en ai peur, et je reste là, figée dans mon étau de larmes brûlantes comme de l’essence.

Je devrais pourtant faire quelque chose, mais je reste immobile et silencieuse au beau milieu d’un torrent déchaîné de regret, de tristesse et d’angoisse entremêlés.

Et pourtant, Dieu sait à quel point elle me manque, et combien je l’aime.